Scène extraite du spectacle des élèves de l’option théâtre durant l’année scolaire 2023-2024
Pour la petite histoire : Viane (élève de 5ème) jouait Juliette (la scène du balcon de « Roméo et Juliette » de
Shakespeare) et a réécrit ses répliques avec ses mots à elle. Les répliques de Roméo ont été gardées telles quelles. Ce fut un moment de théâtre mémorable !
L’école Toepffer est heureuse de partager cette scène avec vous.
Bonne lecture !
ROMÉO ET JULIETTE
Roméo :
Il se rit des plaies, celui qui n'a jamais reçu de blessures !
On entend du bruit, puis la lumière de la fenêtre de Juliette s’allume.
Mais doucement ! Quelle lumière jaillit par cette fenêtre ?
Juliette entre. Elle se met à lire.
Voilà l'Orient, et Juliette est le soleil ! Lève-toi, belle aurore, et tue la lune jalouse, qui déjà languit et pâlit de douleur parce que toi, sa prêtresse, tu es plus belle qu'elle-même ! Ne sois plus sa prêtresse, puisqu'elle est jalouse de toi ; sa livrée de vestale est maladive et blême, et les folles seules la portent : rejette-la ! …
Voilà ma dame ! Oh ! voilà mon amour ! Oh ! si elle pouvait le savoir ! … Que dit-elle ? Elle baille.
Rien… Elle se tait… Mais non ; son regard parle, et je veux lui répondre… Ce n'est pas à moi qu'elle s'adresse. Deux des plus belles étoiles du ciel, ayant affaire ailleurs, adjurent ses yeux de vouloir bien resplendir dans leur sphère jusqu'à ce qu'elles reviennent. Ah ! si les étoiles se substituaient à ses yeux, en même
temps que ses yeux aux étoiles, le seul éclat de ses joues ferait pâlir la clarté des astres, comme le grand jour, une lampe ; et ses yeux, du haut du ciel, darderaient une telle lumière à travers les régions aériennes, que les oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n'est plus. Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main ! Oh ! que ne suis-je le gant de cette main ! Je toucherais sa joue !
Juliette :
Oh, comment j’ai trop le seum…
Roméo :
Elle parle ! Oh ! parle encore, ange resplendissant ! Car tu rayonnes dans cette nuit, au-dessus de ma tête, comme le messager ailé du ciel, quand, aux yeux bouleversés des mortels qui se rejettent en amère pour le contempler, il devance les nuées paresseuses et vogue sur le sein des airs !
Juliette :
Oh Roméo ! Roméo ! Pourquoi ça devait être toi ? Lâche ton père et laisse tomber son nom ! Ou si tu veux pas le faire, bah j’le ferai à ta place.
Roméo : (À part) Dois-je l'écouter encore ou lui répondre ?
Juliette : Y’a que ton nom qui me gêne. T’es pas un Montague ! T’es juste toi ! C’est quoi même un Montague ? C’est pas un corps ni rien de tout ça en fait ! Oh ! Tu pouvais pas avoir un autre nom genre ? Y’a quoi dans un nom ? Une rose ça sentirait pareil même si ça s’appelait pas une rose ! Tu serais pas différent si t’avais un autre nom ! Du coup, si tu t’appelais plus Roméo, tu serais toujours aussi parfait qu’avant ! Roméo, laisse ce nom débile et choisis-moi à la place.
Roméo :
Je te prends au mot !
Juliette crie.
Appelle-moi seulement ton amour et je reçois un nouveau baptême : désormais
je ne suis plus Roméo.
Juliette : T’es qui toi à venir chez moi la nuit ?
Roméo : Je ne sais par quel nom t'indiquer qui je suis. Mon nom, sainte chérie, m'est odieux à moi-même, parce qu'il est pour toi un ennemi : si je l'avais écrit là, j'en déchirerais les lettres.
Juliette : J’ai pas entendu ta voix des masses mais je la reconnais de fou ! T’es Roméo ? Roméo Montague ?
Roméo : Ni l'un ni l'autre, belle vierge, si tu détestes l'un et l'autre.
Juliette : Euh, mais en fait pourquoi t’es venu ici ? Et pourquoi t’a choisi cet endroit ? Les murs du jardin sont genre super mega hauts, et genre super difficile à franchir. Nan mais sérieux, tu réfléchis des fois à qui t’es ? Si mes darons te chopent ici, t’es foutu ! En mode c’est la fin pour toi !
Roméo : J'ai escaladé ces murs sur les ailes légères de l'amour : car les limites de pierre ne sauraient arrêter l'amour, et ce que l'amour peut faire, l'amour ose le tenter ; (criant) voilà pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi !
Elle lui fait signe de parler plus bas. Sort. Passe en coulisse et reparaît sur scène, face à Roméo. Silence ému.
Juliette : S'ils te chopent, t’es mort.
Roméo : Hélas ! il y a plus de péril pour moi dans ton regard que dans vingt de leurs épées : que ton œil me soit doux, et je suis à l'épreuve de leur inimitié.
Juliette : Je te jure, même si on me donnait tout l’or du monde, ce serait mon pire cauchemar qu’ils te grillent ici !
Roméo : J'ai le manteau de la nuit pour me soustraire à leur vue. D'ailleurs, si tu ne m'aimes pas, qu'ils me trouvent ici ! J'aime mieux ma vie finie par leur haine que ma mort différée sans ton amour.
Juliette : Sérieux, c’est lequel de tes potes qui t’a aidé à venir ici ?
Roméo : L'amour, qui le premier m'a suggéré d'y venir : il m'a prêté son esprit et je lui ai prêté mes yeux. Je ne suis pas un pilote ; mais, quand tu serais à la même distance que la vaste plage baignée par la mer la plus lointaine, je risquerais la traversée pour une denrée pareille.
Juliette : T’sais, là, j'ai cette vibe de nuit qui cache mes sentiments. Sinon, tu verrais à quel point je suis toute rouge, juste à penser à ce que j'ai balancé c’te nuit. Je voulais jouer le jeu, tu vois, faire genre que c'était rien. Mais maintenant, je joue plus du tout ! Du coup, tu m'aimes ? J’suis sûre tu vas dire oui et j’sais que tu mens pas en mode. Mais pas besoin de jurer sur la vie de ta mère, ça pourrait foirer ! Les
promesses d’amour c’est le genre de blagues qui font marrer les vieux ! Genre, juste si t’as des sentiments pour moi, dis-le ! Si t’as peur que ça aille trop vite, j’peux faire genre de dire nan aussi ! Mais bon, honnêtement ce serait te mentir. J’suis folle amoureuse de toi et j’espère que c’est pas juste un amour de jeunesse. J’aurais pu jouer la meuf froide qui te calcule pas, mais bon, à partir du moment où j’ai balancé ce que j’avais sur le cœur sans faire exprès, j’peux plus trop quoi. Bref, voilà. J’suis désolée et promets-moi que c’est pas juste sur un coup de tête que tu m’aimes, ok ?
Roméo :
Madame, je jure par cette lune sacrée qui argente toutes ces cimes chargées de fruits ! …
Juliette :
Oh, arrête de jurer sur la lune, par pitié ! T’sais, elle change tout le temps hein ! Chaque mois, elle change de style et j’veux pas que ton cœur il fasse pareil !
Roméo : Par quoi dois-je jurer ?
Juliette : Carrément, y'a pas besoin de promettre quoi que ce soit. Mais si t'insistes, promets-le à ta manière hein ! T'es celui que j’aime et j’te fais confiance.
Roméo : Si l'amour profond de mon cœur…
Juliette : Genre, fais pas de promesse ! En mode même si t'es là et que maintenant j’suis genre super heureuse, je peux pas juste vivre à fond ce moment. C'est trop soudain tu vois ? Trop surprenant, en mode "boom", comme un pétard qui explose avant qu’on ait pu dire « Eh ! Il a explosé ! ». Aller on redescend, bonne nuit ! Ce love qui arrive pendant l'été, il va être en mode « one life » quand on se retrouvera... Bonne nuit, bonne nuit ! J'espère que le calme que j'ai en moi va arriver jusqu’à toi aussi !
Roméo : Oh ! vas-tu donc me laisser si peu satisfait ?
Juliette : Tu comptes obtenir quoi cette nuit, en fait ?
Roméo : Le solennel échange de ton amour contre le mien.
Juliette : Hé Roméo ! J'ai trop kiffé te donner mon amour même avant que tu le demandes. Mais je sais pas, je serais grave contente si je pouvais te le donner encore et encore et encore !
Roméo : Voudrais-tu me le retirer ? Et pour quelle raison, mon amour ?
Juliette : Juste pour le fun, je voudrais de te le donner encore ! Mais en vrai de vrai, je suis déjà pleine d’amour, tu vois ? Ma générosité, c'est comme…nan j’sais pas, mais en gros, elle a pas de limites, et mon amour pour toi non plus. Plus je t'en donne, plus j'en reçois ! On entend la voix de la nourrice.
Oh mon Dieu, j’entends du bruit chez moi. Ciao, j’me taille, faut que je fasse genre la meuf responsable !... Bouge pas, je reviens dans deux minutes ! Elle sort.
Roméo : Ô céleste, céleste nuit. ! J'ai peur, comme il fait nuit, que tout ceci ne soit qu'un rêve, trop délicieusement flatteur pour être réel.
Juliette reparaît à la fenêtre.
Juliette : Encore trois mots, Roméo, et c'est bonne nuit, j'arrête là ! Si t'as vraiment des sentiments pour moi et que tu veux me mettre la bague au doigt, envoie-moi un message demain par quelqu'un que je vais choisir pour te rejoindre, et tu me diras où et quand tu veux officialiser tout ça. Et là, je mets mon cœur entre tes mains et je te suis partout pour toujours !
La Nourrice : (Derrière le théâtre) Madame !
Juliette : Oui, c’est bon, j’arriveeuhhhh ! Mais si tu prévois du sale, je te préviens...
La Nourrice : (Derrière le théâtre) Madame !
Juliette : Mais j’arrive ! … d’arrêter de me harceler et de me laisser tranquille avec mon... Euh bref, j’t’envoie un message demain !
Roméo : Par le salut de mon âme…
Juliette : Bonne nuit, bonne nuit, bonne nuit ! Elle sort.
Roméo : La nuit ne peut qu'empirer mille fois, dès que ta lumière lui manque… (Se retirant à pas lents.) L'amour court vers l'amour comme l'écolier hors de la classe ; mais il s'en éloigne avec l'air accablé de l'enfant qui rentre à l'école. Juliette revient.
Juliette : Hey ! Roméo ! Hey !
Roméo : Ma mie ?
La Nourrice : (Derrière le théâtre) Madame !
Juliette : C’est à quelle heure que je t’envoie quelqu’un demain ?
Roméo : À neuf heures.
Juliette : Ok, j'oublierai pas ! Ça va durer une éternité d’attendre jusqu’à demain ! Genre vingt ans au moins ! Mais en vrai, j'ai zappé pourquoi je t'ai rappelé.
Roméo : Laisse-moi rester ici jusqu'à ce que tu t'en souviennes.
Juliette : Je vais oublier ça, juste pour que tu restes ici avec moi, et je vais me rappeler seulement à quel point je kiffe être avec toi.
Roméo : Et je resterai là pour que tu l'oublies toujours, oubliant moi-même que ma demeure est ailleurs.
Juliette : Bonne nuit ! Bonne nuit ! Nos « au revoir » sont trop trop lourds et je pourrais te dire "bonne nuit" jusqu'à l'aube ! Elle sort.
Roméo : Que le sommeil se fixe sur tes yeux et la paix dans ton cœur ! Je voudrais être le sommeil et la paix, pour reposer si délicieusement ! Je vais de ce pas à la cellule de mon père spirituel, pour implorer son aide et lui conter mon bonheur.